Je suis chez Proton depuis 2018, quand j’ai quitté Gmail pour ProtonMail. J’ai utilisé Cozy Drive pendant quelques années, mais l’expérience n’a jamais été aussi bonne qu’avec Dropbox. L’absence de client Linux pour Proton DriveProton promet depuis longtemps un client Linux, mais il n’est toujours pas disponible à l’heure où j’écris ce billet. Et même quand il arrivera, rien ne dit qu’il s’intégrera à KDE. Proton VPN, par exemple, est une application GTK pensée pour GNOME. Or je veux mon Drive dans Dolphin, une icône dans la zone de notification et les réglages dans la Configuration du système.
Heureusement, Proton a publié un SDK pour permettre à des applications tierces de s’interfacer avec Proton Drive, ce qui m’a permis d’écrire mon propre client : Kation. Pour le nom : le proton est un cation (H⁺), et avec le K de KDE, ça donne K⁺ 😄
Proton Drive dans Dolphin
Kation propose deux façons d’accéder à son Drive :
- Dans Dolphin : Proton Drive apparaît dans Réseau et dans les fenêtres Ouvrir/Enregistrer de toutes les applications KDE. On travaille directement sur les fichiers en ligne, sans copie locale.
- En dossier synchronisé : le dossier
~/Proton Drivereste identique à votre Drive, dans les deux sens. Ça fonctionne hors ligne et ça rattrape le retard au retour du réseau.
Les icônes dans Dolphin indiquent les fichiers à jour, et un clic droit permet de copier un lien de partage. La connexion passe par la page web de Proton : Kation ne voit jamais votre mot de passe. Et la synchro est prudente : rien n’est supprimé définitivement, un fichier modifié des deux côtés est gardé en deux versions, et tout se met en pause si quelque chose cloche (disque débranché, plus de 100 suppressions d’un coup…).
Codé par une IA, relu par deux autres
Kation est un projet de codage agentique. C’est Claude Opus 5.5 qui a écrit le code, dans Claude Code. Pour la revue critique, j’ai fait appel à deux modèles d’autres éditeurs : Mistral Large 4 et GLM 5.3. Un modèle qui relit son propre code a les mêmes angles morts que lorsqu’il l’a écrit ; des modèles entraînés ailleurs repèrent ce qu’Opus pourrait laisser passer. Mon rôle : définir ce que je veux, arbitrer, et tester sur mon propre compte Proton.
Il y a deux ans, ChatGPT m’avait fait gagner quelques heures sur un petit script Python. Aujourd’hui, c’est un client complet en C++ et TypeScript, avec un moteur de synchronisation, des paquets pour trois distributions et une traduction française.
Lorsque j’ai annoncé Kation sur Reddit, le projet a été accueilli avec de la défiance. Avant même d’ouvrir le code, certains ont supposé que c’était du « slop » vibecodé. Un commentateur a expliqué que quiconque tient assez à sa vie privée pour être chez Proton ne devrait surtout pas utiliser une application construite avec une IA. Je comprends la méfiance, mais juger un logiciel simplement parce que le code a été écrit par IA, c’est passer à côté du sujet. Je code depuis les années 80, dans des langages allant du très bas au très haut niveau : en assembleur 68000, en Basic, en Pascal, en Java, en Python. Aujourd’hui, le codage agentique m’apporte du plaisir et de la productivité. Tant pis pour les rabat-joies. Kation est open source et s’appuie sur le SDK officiel de Proton : lisez le code, testez-le, et jugez sur pièces.
Installation
Des paquets pour Debian 13, Fedora 43 et Arch Linux sont disponibles sur la page des releases. Pour les autres distributions (Ubuntu, KDE neon…), il faut compiler depuis les sources. Pas de Flatpak : Kation s’installe sous forme de plugins dans Dolphin et la Configuration du système, ce qu’un paquet isolé ne permet pas.
Kation n’est ni officiel ni affilié à Proton AG, mais il respecte les règles de Proton pour les projets personnels. Le code est sous licence GPL sur GitHub. Si vous êtes sous Plasma et chez Proton, essayez-le, et n’hésitez pas à ouvrir une issue GitHub pour signaler un problème.