Ministre de la Culture ou Maitre-Chanteuse ?

Je crois nager en plein cauchemar de politique-fiction ce soir. Selon cet article de Ratiatum, "la ministre de la Culture Christine Albanel a rencontré Free vendredi pour conditionner l'obtention d'une licence 3G à la collaboration de l'opérateur dans la lutte contre le piratage". Au début, franchement je n'y crois pas, je me dis que Ratiatum doit forcir un peu le trait et je me demande quelle peut bien être la source de l'information ? Free aurait relaté le contenu de l'interview ? ...

MAIS NON, personne n'a vendu la mèche: notre Ministre a tout simplement envoyé un communiqué de presse, pour relater son entretien avec Maxime Lombardini, le Directeur Général du groupe Iliad (propriétaire de Free). Plus tôt dans la semaine, c'était la Société civile des Producteurs de Phonogrammes en France (SPPF) qui découvrait "avec stupéfaction" le service de partage de fichiers de Free.

Mais enfin, de quoi parle t'on pour offusquer notre industrie culturelle et son caniche la Ministre de la Culture ? Un service de partage de fichier par FTP. Ah ? Oui ? Mais encore ? ... Les majors et notre Ministre viennent-ils vraiment de découvrir Internet cette semaine ? Je me suis connecté à Internet pour la première fois en 1994 avec un modem RTC : une boite aux lettres et un espace web pour créer ma page perso étaient naturellement inclus dans mon abonnement. C'était et c'est toujours l'essence même Internet !

Que s'est-il passé pendant ces 13 dernières années ? Internet s'est démocratisé pardi !... et personne n'a rien vu venir, surtout pas les majors qui s'obstinaient à ne pas ouvrir les yeux. Ah oui, en 1994, lorsque j'ai encodé mon premier album MP3, cela a pris 8 heures sur mon 486 DX4 100 (presque une heure par titre en -hq). Alors forcément, nous n'étions pas très nombreux à saisir les fabuleuses opportunités permises par la numérisation du savoir (les textes, les images, les sons... le fameux multimédia qui était sur toutes les lèvres quelques années plus tard).

Madame la Ministre, la question n'est pas de savoir si vous pouvez encore freiner l'essor du piratage, la question est comment permettre la rémunération des artistes dans cette nouvelle économie numérique ? Arrêtez de vous faire l'écho des majors de l'industrie culturelle : leur combat est déjà perdu, ils ont vécu leur heure de gloire au siècle dernier. De la même façon que l'industrie minière ou textile a quasiment disparu en France, l'industrie du disque (dans sa forme actuelle) est condamnée à disparaitre. Point final.

Pour une fois, cessez de bander les plaies d'une industrie malade avec des remêdes à court terme (la taxe sur la copie privée, les radars sur Internet, les menaces sur les FAI, ...). Penchez vous avec lucidité sur le fonctionnement de la propriété intellectuelle dans l'économie du 21ème siècle. Lisez les essais de Lawrence Lessig, à commencer par Free Culture que vous pouvez acheter sur Amazon ou télécharger librement.

Du courage politique, bon sang!